Préface de Jean-Pierre Villemot
Professeur de chirurgie cardiaque
Bien des années plus tard, résonne toujours dans les murs de l'hôpital central et dans les couloirs de Brabois, un nom, celui du Professeur Pierre Chalnot qui, à la tête de la Clinique Chirurgicale accompagna les mutations profondes de la chirurgie d'après-guerre et fut l'un des pionniers Français de la chirurgie thoracique et cardiaque.
Pierre Chalnot arrive à Nancy en 1937. Rapidement agrégé, c'est là qu'il fera toute sa carrière, construira patiemment un service, la chirurgie A, où naissent dès 1950, diverses spécialisations chirurgicales confiées à ses élèves : Jean Lochard pour la chirurgie thoracique avec une unité puis un service à l'hôpital Villemin en 1957, Robert Frisch pour la chirurgie vasculaire avec création de la chirurgie B en 1971 et enfin peu après, Pierre Mathieu pour la chirurgie cardiaque (1972). Cette méthode caractérise un homme : répartir avec clairvoyance les responsabilités entre ses élèves, à mesure que chaque discipline gagne en complexité et en exigence dédiées.
Le Professeur Chalnot prend sa retraite en 1974 après avoir réalisé plusieurs milliers d'interventions mais l'essentiel, semble-t-il est ailleurs. Sous son impulsion, il a donné naissance à plusieurs spécialités devenues autonomes : chirurgie thoracique, chirurgie vasculaire, chirurgie cardiaque, chacune portant sa propre destinée et la marque de son fondateur.
L'histoire de la Chirurgie A, dirigée durant trois décennies par le Professeur Chalnot s'inscrit dans un mouvement plus large, celui des grandes écoles chirurgicales nancéiennes du XXème siècle : la neurochirurgie avec les Professeurs René Rousseau et Jean Lepoire, la chirurgie de la main avec le Professeur Jacques Michon, ainsi que la chirurgie maxillo-faciale avec le Professeur Maurice Gosserez. Nancy, à cette époque, est un hôpital où s'inventent et où se développent les unes après les autres, les disciplines chirurgicales modernes.
Ceux qui ont côtoyé Pierre Chalnot retiennent tout autant l'homme que le chirurgien. On l'appelait « le patron ». Pour lui, la chirurgie n'était pas seulement une discipline médicale s'appuyant sur la connaissance, la rigueur du geste, elle était une exigence de responsabilité, d'humilité et d'humanité ; savoir prendre une décision, faire face à la difficulté, reculer si nécessaire, devant un geste irréparable, considérer le malade avant la maladie. Les grands patrons ne se mesurent pas uniquement à leurs titres, à leurs publications, aux responsabilités assumées, ils se reconnaissent à la trace qu'ils laissent à leurs élèves, à l'héritage transmis, aux valeurs qu'ils ont fait vivre. Pierre Chalnot appartenait à ces hommes pour qui l'excellence était un objectif, une obligation quotidienne.
Derrière le chirurgien, le patron, il y avait aussi un homme, un homme de conviction, de caractère, d'exigence, faire progresser ceux qui étaient à ses côtés, les conduire vers le meilleur d'eux même. Puis, il y avait aussi « le pépère », surnom plus tendre, plus intime, témoignant d'une proximité chaleureuse pour ceux qui partageaient son quotidien. La vie le frappa durement mais l'apaisement trouvé dans son environnement familial et le piano qu'il pratiquait assidument, lui permit de surmonter ces épreuves.
Cette évocation de Pierre Chalnot, bien plus qu'un hommage à une carrière exceptionnelle est un témoignage à une époque, à une certaine conception de la chirurgie, de la transmission, le portrait d'un homme qui a marqué son temps et dont le souvenir reste toujours présent. Les techniques évoluent, les générations se suivent, les institutions se transforment, les personnalités demeurent présentes parce qu'elles ont transmis une exigence. Pierre Chalnot fut un grand patron.
Remercions Bernard Legras qui, une fois de plus a permis de raviver l'histoire de notre chère Faculté.